Société d’ Histoire de Revel Saint-Ferréol                                       PARU DANS  LES CAHIERS DE L’ HISTOIRE N° 22 - 2020

 

Henriette Pagès-Veaute (1924-2010) :
une histoire extraordinaire pour une femme ordinaire

par Émile Gaubert

 

Reconnue comme « Juste parmi les Nations » par le Comité Yad Vashem, le 18 décembre 1998, pour avoir sauvé de nombreux Juifs, Résistants, réfractaires au service du travail obligatoire (STO) pendant la guerre 1939-1945, élevée au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur par le président de la République Jacques Chirac le 4 avril 2007, Henriette Pagès a aujourd’hui un rond-point à son nom sur la commune de Revel (Haute-Garonne) où elle a passé une grande partie de sa vie avec son mari, Aimé Veaute et ses cinq fils : Émile, Bernard, Alain, René et Jean. Autant d’honneurs dont ce « petit bout de femme » courageuse et ayant le sens du devoir se serait bien passée ! Tout au long de sa vie, dans sa pâtisserie de la rue Victor Hugo, elle aura fait preuve d’humilité, de simplicité, d’altruisme et surtout de discrétion. Pourtant en se mettant en danger, risquant la mort à tout moment pendant cette période trouble de la Seconde Guerre mondiale, c’est en véritable héros qu’elle a traversé son adolescence dans son village de Prades, dans le Tarn, entre Saint-Paul-Cap-de-Joux et Puylaurens, sur la D84. Les recherches que nous avons menées sur elle et sa famille entre 1939 et 1945 nous éclairent un peu plus aujourd’hui sur cette volonté de discrétion venant de sa part car Henriette Pagès allait connaître des lendemains qui déchantent à la Libération. Entrant dans sa vie d’adulte, elle allait être témoin d’un autre combat, celui de son père obligé de défendre son honneur en Justice car accusé à tort d’avoir collaboré avec l’Allemagne nazie et l’État de Vichy. Pourtant, comme elle, Henri Pagès, forgeron et maire de Prades de 1937 à 1944, ancien combattant de la Première Guerre mondiale, n’a eu de cesse de protéger et de cacher des réfugiés juifs de 1942 à 1944. La Justice lui donnera raison...

  1. 1937 - un père, maire et patriote

1936 pere henriette traction1.jpg Henri Pagès avec sa traction-avant en 1936. Il est alors conseiller d’arrondissement pour le canton de Saint-Paul-Cap-de-Joux et vice-président de l’association des anciens combattants du canton. Il est adjoint-au maire de Prades depuis 1924 et deviendra maire en 1937.


On ne peut pas parler de la vie d’Henriette Pagès sans évoquer son père, Henri Marie Louis (né le 24 août 1893 à Saint-Paul-Cap-de-Joux - décédé le 19 mars 1978 à Prades).

Élu conseiller municipal de Prades en 1924 (petit village du Tarn, entre Saint-Paul-Cap-de-Joux et Puylaurens fort de 200 habitants en 1940), puis adjoint au maire, il en deviendra maire en 1937 sous l’étiquette Radical Socialiste. Avant cela il effectue son service militaire en 1909, à Béziers. Il est engagé volontaire et incorporé le 6 août 1913 dans le 1er Régiment de Hussards. Il sera démobilisé le 2 septembre 1919, avec le grade de caporal, après 10 mois de service actif, 61 mois de campagne contre l’Allemagne soit 71 mois de service militaire chez les Hussards mais aussi aux 360ème et 168ème Régiments d’infanterie et 56ème Régiment d’artilleurs. Il est décoré de la Croix de Guerre avec citation. Vice-président de l’association cantonale des anciens combattants du canton de Saint-Paul-Cap-de-Joux en 1932, il est réélu vice-président en 1945. Par ailleurs, en 1932, il fonde la première coopérative agricole du canton de Saint-Paul-Cap-de-Joux, son atelier de forge et de réparation de matériel agricole l’amenant à côtoyer de nombreux agriculteurs. Cela lui vaudra la médaille de Chevalier du Mérite agricole en 1937. Un canton qu’il connaît bien puisqu’il est élu conseiller d’arrondissement (conseiller général) en 1931 et réélu en 1937 ! Il sera aussi délégué cantonal des écoles publiques du canton de 1927 à 1939. Si l’homme robuste est un travailleur manuel dans cette forge où il a succédé à son père, c’est aussi un érudit passionné de lecture, de nature et d’écriture. Il écrira d’ailleurs au jour le jour, dans quatre cahiers d’écoliers, ses mémoires du front de 1913 à 1919.

 

Aujourd’hui, l’ancienne mairie de Prades en haut de l’escalier de l’ancienne école.

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  1. 1940 - l’arrivée des premiers réfugiés

 

Henriette Pagès a 16 ans en 1940. Son père est maire de Prades et son certificat d’études en poche elle l’aide, à titre bénévole en s'occupant notamment de distribuer les cartes d'alimentation et les cartes d'identité. La jeune fille fait alors la connaissance d'Esther Epstein, réfugiée à Prades avec ses parents depuis l'été 1942. Elles deviennent de grandes amies. Après l’invasion de la Lorraine, la famille Epstein (le père, la mère et deux enfants) quitte l’Est de la France lors de la débâcle pour se réfugier dans la région toulousaine. « Au départ on voulait aller à Montpellier mais là-bas aussi il y avait des rafles. Une amie de mes parents nous a alors parlé du Tarn et nous y sommes allés. Notre famille a trouvé refuge à Prades au mois d’août 1942 où, grâce à la complicité discrète des habitants de la commune et de son maire, Henri Pagès, nous sommes passés au travers de l’inquisition administrative réservée aux Juifs » .

Henriette Esther Sarah jeune juive et une amie Odette Violet 1943 2.jpg..........puit ujourdhui.jpg En 1943, devant le puits de la maison que la famille Epstein louait à Prades et qui n’a pas changé de nos jours : Henriette Pagès à 19 ans, avec son amie Esther Epstein, Sarah, une jeune Juive et une copine, Odette Violet.

 « Ils sont venus avec son papa, sa maman et son frère habiter le village, pas loin de chez mes parents. J’avais 18 ans et Esther 20 ou 21 ans. Son frère avait mon âge, mon frère une vingtaine d’années et entre jeunes, nous avons sympathisé » . La famille Epstein passera toute la guerre à Prades, dans une maison proche de la forge d’Henri Pagès.
« Un jour il a eu la visite d’un collègue forgeron qui faisait partie de la milice de Puylaurens. Au même moment est entré à la forge le père d’Esther, Jacob Epstein qui est reparti aussitôt à la vue de cet inconnu. Ce dernier a alors dit à mon père qu’il avait bien vu que « ce type » n’était pas du coin, qu’il devait être Juif et qu’il allait le dénoncer. Mon père lui a alors dit que s’il faisait ça il aurait affaire à lui. Il n’a jamais rien dit car il savait que mon père ne plaisantait pas ».

 Henriette Esther Sarah jeune juive et une amie Odette Violet 1943 3.jpg..........IMG_1598.JPG En 1943 sur la terrasse de la maison des Epstein.

1941 - le règne du silence

Henri Pagès ne se pose pas de questions quand il s’agit de venir en aide à des réfugiés. En 1943, il s’occupe de trouver un lieu d’hébergement dans le village pour la famille d’Henri Szchajnman. La même année, il aide un jeune réfugié Juif, âgé de 19 ans et traqué par la Gestapo, Jean-Paul Lehmann. Henri Pagès demande alors à l’un de ses conseillers municipaux, Roger Boudet, de le cacher chez lui. Ce dernier l’embauche alors comme valet dans sa ferme.
Ainsi, la vie s’écoule tranquillement dans le petit village de Prades perché sur une butte au beau milieu de la campagne tarnaise. Pourtant la répression s’exerce sur les mouvements de Résistance et les réfugiés juifs, à Lautrec, Lacaune, Mazamet, part la forte garnison de la Wehrmacht de Castres mais, à Prades, les jeunes font connaissance, découvrent les premiers émois amoureux et les adultes partagent leur vie entre le travail au jardin ou dans les champs, la pêche et la chasse.

Henriette Pagès (à droite) avec des réfugiés israélites belges.

 Henriette et réfugiés Belges En Guibaud 12 septembre 1942.jpg...... grand parent pages et henriette.jpg La famille Pagès au complet avec les parents et grands-parents d’Henriette. 

Pour préserver cette tranquillité c’est la loi du silence qui règne. En prévision d’un éventuel contrôle des identités des personnes présentes sur la commune, Henri Pagès a pris soin de cacher tous les registres d’état-civil. Il n’a pas non plus répondu à la demande de la sous-préfecture de Castres qui réclame la liste des habitants d’origine israélite présents sur sa commune. Alors, le 22 juin 1941, quand le sous-préfet de Castres lui demanda de réunir le conseil municipal, les membres du bureau de bienfaisance et le personnel de la mairie pour sa venue en inspection à Prades, son inquiétude se fera sentir.

« Ce jour-là, les présentations étant faites, Monsieur le sous-préfet me demanda si le conseil municipal était au complet. Je répondais que non. Qu’il y avait eu deux décès et que l’ancien maire, Daniel Marty, avait démissionné en octobre 1937. Que je l’avais remplacé alors que lui ne venait plus aux réunions du conseil. Monsieur le sous-préfet me demandait si je connaissais les motifs de son absence et je répondais que non. Et lui de dire que : « ce monsieur doit être hostile au Gouvernement de Vichy ». Je ne lui fis pas de réponse. La séance terminée, monsieur le sous-préfet me prit à part et me demanda si je n’avais pas d’autres conseillers hostiles au Gouvernement. Je répondis que non mais j’ajoutais que seul monsieur Bourdet Roger, qui est socialiste, ne me paraissait pas enthousiaste pour l’œuvre de redressement de la France mais il ne me gênait pas et le conseil municipal marchait bien. Monsieur le sous-préfet me dit alors qu’ayant reçu des ordres du Gouvernement, je devais lui fournir un rapport sous mon entière responsabilité. Un rapport dans lequel je devais mettre les opinions politiques de mes conseillers et préciser que monsieur Daniel Marty était hostile au Gouvernement, qu’il ne venait plus aux séances du conseil municipal, afin qu’il le signale au Préfet du Tarn pour qu’il soit révoqué. Ce qui fut fait par la suite. Il me demandait aussi d’inscrire sur ce rapport que Roger Boudet n’apportait guère d’enthousiasme à l’œuvre de redressement. Je faisais alors remarquer à monsieur le sous-préfet que je ne tenais guère à faire ce rapport. Il me répondait qu’il le lui fallait et que ce rapport serait secret et confidentiel ; me garantissant en plus qu’il ne serait fait aucun tort à ces messieurs » .

4.  1943 - de la Résistance passive à la Résistance active

Esther Epstein en 1943 à Prades.

                  

Esther 10 octobre 1943 2.jpg .........henriette esther 19432.jpg ...Henriette Pagès et Esther Epstein en 1943 à Prades.

Esther Epstein avait commencé ses études à l'École dentaire de Lyon mais elle fut contrainte de les interrompre du fait du numerus clausus frappant les Juifs. À son grand étonnement, elle fut avisée en octobre 1943 qu'elle était admise en seconde année. Malgré le risque énorme qu'elle courait, Henriette Pagès établit une fausse carte d'identité à son propre nom pour Esther qui put ainsi se rendre à Lyon. Elle s'installa dans une pension dont la plupart des clients étaient Juifs.   

Faux papiers réalisés par Henriette Pagès à son propre nom pour Esther Epstein. Ils lui sauveront la vie lors d’une rafle de la Gestapo à l’école dentaire de Lyon.

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..Le 3 février 1944, la Gestapo fit une descente dans l'établissement et emmena tout le monde au quartier général de Klaus Barbie. La carte d’identité au nom d'Henriette Pagès ne suscita aucun soupçon et Esther fut remise en liberté. Les autres locataires juifs de la pension furent déportés et périrent tous exterminés dans les camps.

 

Henriette Pagès avait une autre excellente amie, Lucette Valax-Ambert de Puylaurens, à 8 kilomètres. Ensemble elles vont souvent se promener au marché de la petite ville tarnaise réputée pour son grand marché aux bestiaux. « Lucette venait souvent à Prades à vélo chez nos voisins. C’est comme ça qu’on s’est connues » .

Lucette Valax-Ambert connaît aussi Clotilde Carles, à Puylaurens. C’est l’agent de liaison pour les réseaux de Résistance sur le secteur. Les « vrais-faux » papiers d’identité d’Esther Epstein ayant montré leur efficacité, Henriette, Lucette et Clotilde vont alors se lancer dans la fabrication de cartes d’identité mais à grande échelle.

« On était complètement inconscientes et un peu naïves à cette époque. On aurait pu se faire prendre mais bon, on l’a fait. On allait acheter des vraies cartes d’identité au bureau de tabac et on allait récupérer des noms sur les monuments aux morts des alentours, puis on revenait à la mairie et on tamponnait avec les tampons officiels ces cartes. C’est Henriette qui signait les cartes en imitant la signature de son père et le tour était joué » .

 

henriette et lucette  marche puylaurens novembre 1943.jpg ...Lucette Valax-Ambert et Henriette Pagès au marché de Puylaurens en 1943.

C’est Lucette qui transportait les fausses cartes à vélo jusqu’à Puylaurens pour les remettre à Clotilde Carles. Henriette ne connaîtra la destinataire qu’à la Libération, tout comme Clotilde Carles qui croit alors que c’est le maire qui les fabrique. Près de 70 « vraies-fausses » cartes d’identité seront réalisées par les deux jeunes copines. Elles sont destinées à des Résistants ou des réfractaires du Service du travail obligatoire (S.T.O.).
« Je partais à vélo de Prades jusqu’à Puylaurens en prenant la petite route de derrière. Une seule fois je suis tombée sur une colonne allemande et je n’en menais pas large. Je n’osais pas mettre pied à terre de peur de me faire prendre mais bon ils n’ont même pas fait attention à moi et quand ils sont passés sans rien me dire, j’étais soulagée » .
De son côté Henri Pagès n’est pas non plus au courant des activités de sa fille. Pourtant, parmi les réfugiés juifs de la région, on se passe le mot. À Prades il y a une secrétaire de mairie qui peut vous faire de faux-papiers. Il suffit de lui apporter une photo. Henriette Pagès le fera à une dizaine de reprises pour des familles juives venant d’Auch, de Toulouse ou de Montauban.

 

Les parents d’Esther Epstein en octobre 1943.

 parents Esther 10 octobre 1943.jpg....heriette pere et frere.jpg ...Henriette Pagès avec son père et son frère devant la forge de Prades 1943.

 « Je reconnais qu’à 18 ans j’étais un peu farfelue mais je n’avais pas peur de rendre service. Je connaissais beaucoup de jeunes dans le village et on avait le cœur à rendre service. On a fait ça et je ne le regrette vraiment pas. Toutes les fausses cartes d’identité que j’ai faites pour les Juifs, je ne les connaissais pas. Parfois les parents d’Esther me disaient : « vous savez Henriette, il faudrait faire une fausse carte ». Alors je faisais une fausse carte » .

5.  1944 - règlement de comptes à la Libération

Ainsi Lucette, Henriette, la famille Epstein, Jean-Paul Lehmann, Henri Szchajnman, Clotilde Carles, Roger Boudet, Daniel Marty arriveront jusqu’à la Libération sans avoir rencontré de problèmes avec les fonctionnaires de l’État de Vichy ou les forces occupantes. Le 19 août 1944 Albi est libéré et, le 20 août, la garnison allemande de Castres se rend aux Résistants qui n’ont même pas eu à tirer un coup de feu. Pour Henri Pagès, la fin de la guerre et de l’Occupation aurait dû marquer le retour à une vie plus sereine loin des risques de se faire prendre pour avoir soustrait à l’administration vichyssoise des réfugiés d’origine juive. Ce ne sera pas le cas…

Jean-Paul Lehmann, Esther et Arthur Epstein, Henriette Pagès, le 10 octobre 1943.

 jean paul Lehmann Esther et Arthur Epstein Henriette 10 octobre 1943.jpg..convocation1.jpg ..Convocation d’Henri Pagès à la mairie le 7 septembre 1944.

Début septembre 1944, il reçoit une lettre recommandée sur papier à en-tête de sa mairie qui l’invite à se présenter le jeudi 7 septembre 1944 à la mairie de Prades à 20h30 : « au motif de nous dire où sont les registres d’état-civil qui restent introuvables à la mairie ». 

Henri Pagès est confiant car il a remis à leur place, à la mairie, les registres d’état-civil qu’il avait cachés pour les soustraire à un éventuel contrôle d’identité des personnes réfugiées dans le village. Tout ne va pas se passer comme il l’espérait et c’est dans un courrier adressé à son avocat, le 10 octobre 1944, qu’il racontera cette fameuse réunion du 7 septembre à la mairie.

« Sachant que pour moi vous avez été un excellent conseiller et les derniers événements ayant transformé ma situation politique, je viens vous entretenir des changements qu’elle a subis car je considère qu’ils ont un caractère politique. Militant du Parti Radical Socialiste tel que vous m’avez connu, je me trouve évincé à la tête de la mairie de Prades par des socialistes, malgré de nombreux services rendus par moi à la cause de la France et du général De Gaulle. Si j’avais été convoqué par ordre écrit du Comité Départemental de la Libération ou de la Préfecture, m’expliquant mon renvoi, je n’aurais rien à dire mais j’attends toujours mon ordre de révocation depuis plus d’un mois. Mes deux lettres adressées au Préfet du Tarn et au Sous-Préfet sont demeurées toutes les deux sans réponse. La façon spectaculaire dont j’ai été limogé, en présence d’un piquet de soi-disant maquisards, mitraillettes au poing, m’atteigne dans mon honneur d’homme libre et mes convictions de sincère Républicain. Pourtant, dans la longue période d’Occupation, surtout depuis 1942, j’ai protégé deux familles juives et un jeune israélite traqué par la Gestapo et qui habitait Prades. Je me suis opposé de mon mieux au défaitisme vichyssois » .

Henri Pagès évoquera aussi auprès de son avocat les fausses cartes d’identité faites pour les réfractaires du S.T.O. et la Résistance et lui mettra en copie les témoignages écrits que lui ont fait ceux à qui il a sauvé la vie.

6.  1945 - défendre son honneur devant la Justice

Blessé dans son honneur, Henri Pagès ne compte pas en rester là. Depuis septembre 1944, c’est son ancien conseiller municipal, Roger Boudet, membre de la S.F.I.O. qui lui a succédé à la tête de la mairie de Prades. Le forgeron, ancien engagé volontaire de la Première Guerre mondial, est désormais libre de mener un nouveau combat. Surtout que ses adversaires ne l’ont pas ménagé tout au long de cette fin d’année 1944, début 1945. Il va vite comprendre d’où viennent les accusations.

« Après la Libération, monsieur Bailly, sous-préfet de Castres a, pour je ne sais quelle raison, montré à mes adversaires socialistes, le rapport qu’il m’a ordonné de faire, suite à la réunion de notre conseil municipal le 22 juin 1941. Pourtant j’avais reçu de sa part la garantie que ce rapport resterait confidentiel et secret. Mais j’ai vite compris qu’il avait abusé de ma crédulité. Je sais que le sous-préfet de Castres a reçu la parole d’honneur de mes opposants de ne rien faire contre ce dit rapport et contre moi. Par la suite, après le départ de monsieur le sous-préfet de Castres, mes opposants ont dit, en séance publique, qu’ils reprenaient leur parole » .

C’est ainsi que les accusations de collaboration avec l’ennemi et l’État de Vichy, contre Henri Pagès, naîtront. Elles feront même l’objet d’un article dans la presse locale. Pour le forgeron, pas question de se laisser faire. C’est la Cour de Justice du Tarn qui va lui donner l’occasion de défendre son honneur et de rétablir la vérité.

Le 25 mai 1945, l’huissier près du tribunal civil de Lavaur, Jean Amans, se présente à la forge de Prades pour remettre une convocation à Henri Pagès. Le forgeron, n’est pas là et c’est sa fille Henriette qui prend la convocation sur laquelle il est écrit :

assignation tribunal.jpg ...Assignation d’Henri Pagès devant le tribunal d’Albi le 29 mai 1945

 « Henri Pagès, 51 ans, forgeron demeurant à Prades, est assigné à comparaître, le 29 mai 1945, à 9h30, devant la Cour de Justice du Tarn, au Palais de Justice d’Albi, pour être présent à l’infraction qui s’y fera, être interrogé et se défendre comme prévenu d’avoir, en tout cas depuis un temps non prescrit, sciemment apporté en France une aide directe ou indirecte à l’Allemand ou à ses alliés, soit porté atteinte à l’Unité de la Nation ou à la liberté et l’égalité des Français. Crime puni par les articles 19 et 21 de l’Ordonnance du 26 décembre 1944 » .
Devant le tribunal d’Albi Henri Pagès fera cette déclaration.

« Petit-fils d’instituteur laïque, républicain d’hier, d’aujourd’hui et de demain, je n’ai jamais trahi mes idées. Pendant la guerre 1914-1918 j’ai apporté toutes mes forces de combattant au service de mon pays et, dès 1942, j’ai saboté le régime de Vichy. Démissionnaire de mon poste de maire en août 1942, on n’a jamais voulu accepter ma démission mais depuis cette époque j’ai apporté tout mon concours, moi et mes enfants, au service de la Résistance française comme vous le prouvera mon défenseur à travers des attestations » .

Bien qu’elle ne sache pas que ce n’est pas lui mais sa fille Henriette qui a pris l’initiative de fabriquer des fausses cartes d’identité à la mairie de Prades, Clotilde Carles, agent de liaison pour les réseaux de Résistance à Puylaurens, témoignera par écrit en faveur d’Henri Pagès.

courrier resistance puylaurens.jpg ...Témoignage de Clotilde Carles le 30 août 1944 .temoignage jean paul lehmann.jpg ..Témoignage de Jean-Paul Lehmann le 28 août 1944. Sauvé aussi par Henri Pagès, ......Jean-Paul Lehmann écrit son témoignage :

  

« Au service de la Résistance depuis mars 1943, Monsieur Pagès Henri, maire de Prades, m’a accordé son appui pour établir des fausses cartes d’identité nécessaires aux jeunes gens qui ne voulaient pas se rendre au STO en Allemagne mais au contraire rejoindre un maquis. Monsieur Pagès n’ignorait rien des risques qu’il courait à cette époque, en nous donnant cette aide, mais c’est un ardent défenseur de notre cause commune contre les Allemands et je tiens à le remercier pour son concours » .

« Je déclare que forcé, à la suite de ma situation délicate par rapport aux troupes d’occupation (traqué par la Gestapo) et du soi-disant Gouvernement de Vichy, j’ai trouvé en la personne de monsieur Pagès Henri, alors maire de Prades, un défenseur auquel je rends hommage. Monsieur Pagès a été pour moi, dès mon arrivée dans la commune, le 7 octobre 1943, un ami sincère et dévoué qui m’a évité beaucoup d’ennuis, ainsi, je serais prêt à renouveler, à n’importe quel moment cette déclaration » .

Henri Szchajnman témoigne aussi :

temoignage Henri Yzshajnman.jpg ....Témoignage Henri Szchajnman le 27 août 1944

  « Pendant mon séjour et celui de ma famille, à Prades, me trouvant dans une situation délicate par rapport aux autorités allemandes et au Gouvernement de Vichy, j’ai trouvé en la personne de Henri Pagès, maire de Prades, un défenseur auquel je fais un honneur de rendre hommage. Monsieur Pagès a été pour moi un ami sincère et dévoué, qui a su m’éviter beaucoup d’ennuis et je serais toujours prêt, à n’importe quel moment, à renouveler cette déclaration » .

Le père d’Esther, Jacob Epstein, témoigne à son tour :

temoignage jacob epsteil.jpg...Témoignage de Jacob Epstein le 2 septembre 1944.

  

« Réfugié à Prades depuis le 2 août 1942, à cause de mes origines, par rapport aux autorités allemandes et du soi-disant Gouvernement de Vichy, j’ai eu en la personne de monsieur Pagès Henri, maire de Prades, un défenseur digne des plus grands éloges. Monsieur Pagès n’ignorait rien de ma situation délicate. Il a été pour moi, ma femme et mes deux enfants, un ami sincère et dévoué qui a su m’éviter beaucoup d’ennuis et je serais prêt, à n’importe quel moment, à renouveler de vive voix, cette déclaration » .

Fort de tous ces témoignages, Henri Pagès obtiendra un non-lieu et sera juste condamné à payer les frais de justice, chose normale à cette époque la France étant ruinée et l’Allemagne nazie pas encore vaincue.

7.  1945 - retrouver son honneur d’ancien combattant

Écœuré par ces manœuvres politiques menées par des opportunistes, Henri Pagès ne tentera pas de reprendre la mairie de Prades. Il quitte définitivement la politique. Toutefois il lui reste un dernier combat à mener, celui de retrouver son honneur auprès de ses camarades de l’association cantonale des anciens combattants du canton de Saint-Paul Cap-de-Joux au sein de laquelle il était vice-président, depuis 1924.

Lors des élections de renouvellement du bureau de l’association, en 1945, il se présente devant eux et revient sur le triste épisode qu’il vient de traverser et les accusations dont il a été victime.

« Attaqué dans mon honneur d’ancien combattant, je me fais un devoir de vous donner, par des faits précis et des attestations véridiques ce que j’ai fait depuis la guerre 1914-1918 jusqu’à aujourd’hui. À la déclaration de la guerre 1914-1918, je faisais mon service militaire actif au 1er Régiment de hussards, à Béziers. Je partis les premiers jours de la guerre, en Lorraine.

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...Henri Pagès au 1er Dragon de Hussards à Béziers.

 

En 1916, je fus versé au 152ème Régiment d’infanterie pour quelque temps, puis, quelque temps après, au 360ème Régiment d’infanterie comme fusil mitrailleur. Je ne vais pas vous raconter ma vie de fantassin car beaucoup l’ont vécue et la connaissent. Je fus cité à l’ordre du jour et décoré de la Croix de Guerre avec citation. Blessé le 24 août 1918, je restais plus d’un mois à l’hôpital et après convalescence, je rejoignais mon régiment qui faisait de l’occupation à Aix-la-Chapelle, en Allemagne. Démobilisé le 30 août 1919, je rentrais dans mes forges, à Prades. En 1923, comprenant que je pouvais être utile à mon pays, je créais à Prades une société sportive qui faisait et pratiquait le tir et la préparation au service militaire. J’ai aidé plus d’une cinquantaine de jeunes à obtenir leur Brevet d’aptitude militaire. Mobilisé quelques jours en 1938, puis en 1939, je ne fus pas appelé au front mais lors de notre défaite je me mis résolument à travailler dans l’ombre, pour la Résistance contre les « Boches », que je haïs de toutes mes forces. Je pus héberger dans ma commune 55 réfugiés de nos malheureux compatriotes, Français ou Belges, et il y a un an à peine, j’avais pu aménager des logements, si besoin en avait été, pour recevoir plus de 100 petits enfants. En août 1942, une famille d’israélites composée de quatre personnes venait se réfugier à Prades. À la Libération ils ont tenu à me faire une attestation pour les services que je leur ai rendus contre les « Boches ». Voilà, mes chers camarades, en toute sincérité, avec des preuves à l’appui, ce qu’a été ma vie de combattant, de patriote et de Français. Votre confiance m’avait appelé avant cette guerre au grand honneur pour moi d’être élu 2ème vice-président de notre belle association. J’ai toujours apporté le meilleur de moi-même à servir l’intérêt de tous. Je dis ceci, c’est que né Français je voudrais mourir Français. Vive la France ! » .

Henri Pagès sera réélu vice-président de l’association cantonale à l’unanimité.

Henri et Henriette Castres 1949.jpg ....Henri et Henriette Pagès à Castres, en 1949, après le procès au tribunal d’Albi d’où il ressortira avec un non-lieu

  

8.  1950 - retour à la vie normale

 henriette famille devant maison 1948.jpg ..Henriette Pagès avec son frère et ses parents. ..Henriette et Esther retrouvailles a Paris en 1945.jpg..Retrouvailles d’Esther Epstein et Henriette Pagès à Paris en 1945.

  Henriette Pagès, de son côté, marquée par les attaques contre son père et sa famille, quittera Prades dès 1945. Son but : voyager et découvrir la France. Elle a 21 ans et retrouve même son amie Esther Epstein à Paris.

En 1950, elle revient dans son village natal. Elle a 26 ans et rencontre Aimé Veaute, 27 ans, un artisan pâtissier natif de Soual. Très vite ils se marient à Saint-Paul-Cap-de-Joux où ils ouvrent une pâtisserie. Henriette qui s’appelle désormais Veaute, travaille au magasin mais n’en oublie pas ses engagements envers les autres. En 1954, elle monte un réseau d’aides ménagères sur le canton. Le 19 février 1951 naît son premier fils, Émile. Le 25 février 1952 naît Bernard et le 15 juillet 1954 naît Alain. Tous les trois feront carrière dans les Postes et Télécommunications. Le 6 décembre 1955 naîtra René et le 7 août 1959, Jean. Tous les deux seront enseignants dans l’Éducation Nationale. Toute la grande famille Veaute quittera la pâtisserie de Saint-Paul-Cap-de-Joux pour s’installer non loin de là, en Haute-Garonne, à Revel. En 1958, Aimé Veaute rachète à Émile Decorsière, adjoint au maire Roger Sudre, la pâtisserie de la rue Victor Hugo, non loin de la célèbre halle du Beffroi. Ils y resteront jusqu’en 1978. Une triste année car le 19 mars 1978, à 85 ans, Henri Pagès décède à Prades où il n’a jamais quitté sa forge. Si Aimé Veaute compte profiter de sa retraite (il décèdera en 1994 à l’âge de 71 ans) chemin des Vignes où la famille a déménagé, Henriette, elle, reste active. Elle fera des ménages chez des particuliers jusqu’en 2001.

veaute pages.jpg ..Aimé Veaute et Henriette Pagès.

9.  1997 - « Juste parmi les Nations »

Esther Epstein est toujours restée en contact avec son amie Henriette-Pagès-Veaute. En 1994, elle est dentiste dans son cabinet de Neuilly-sur-Seine. Elle s’appelle désormais Esther Proville-Epstein. Elle a eu quatre enfants : Aviva, Jonathan, Jérémy, Daniel et quatre petits-enfants.

« Je suis une heureuse mère et grand-mère. Lorsque je regarde mes enfants et quatre petits-enfants, je me rappelle que je dois ces vies et la perpétuation de nos familles à quelques rares personnes dont la conduite fut généreuse au sens noble du terme, à une époque troublée de l’histoire de notre pays. Trop longtemps après ces événements, alors que disparaissent les acteurs de cette époque, je me dois d’apporter mon témoignage de reconnaissance, au nom de mes parents et de mon frère aujourd’hui disparu, à mon amie Henriette Pagès et honorer le souvenir de son père, Henri (…) » .
Après l’étude de tous les documents et témoignages fournis, le Comité Yad Vashem décerne officiellement le titre de « Juste parmi les Nations » à Henriette Pagès-Veaute, le 22 juillet 1997 : « pour avoir aidé, à ses risques et périls, des Juifs pourchassés pendant l’Occupation ».

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....Le titre de « Juste parmi les Nations » d’Henriette Pagès-Veaute......La cérémonie officielle du titre de « Juste parmi les Nations » à Henriette-Veaute-Pagès le 18 décembre 1998 à la mairie de Revel

Le vendredi 18 décembre 1998, une cérémonie officielle est organisée à la mairie de Revel, en présence de la famille Veaute-Pagès, du maire Alain Chatillon et d’Esther Epstein. C’est Aryé Gabay, Consul général d’Israël à Marseille qui remet à Henriette Pagès-Veaute, le diplôme et la médaille de « Juste parmi les Nations ».

« (…) Aujourd’hui, 53 ans après les horreurs de la guerre et les atrocités de la Shoah, nous sommes ici, dans ce rendez-vous de la mémoire, pour rendre hommage à Henriette Pagès qui, au péril de sa vie et celle de sa famille, a assuré son devoir de personne d’honneur et de cœur. Nous sommes ici pour évoquer des actes de générosités accomplis à une époque inhumaine et démoniaque, à une période où l’homme ne voulait rien savoir d’autre que subsister, sauver sa peau, pourvoir à ses instincts les plus élémentaires, quitte à en payer n’importe quel prix, collaborer, dénoncer, sympathiser et au meilleur des cas, se taire, fermer les yeux à la barbarie environnante. Monsieur Pagès, votre père, Henriette Pagès, était maire de Prades, dans le Tarn, un petit village de 200 habitants. Vous-même vous vous occupiez du secrétariat et c’est grâce à cette fonction que vous avez pu venir en aide à des dizaines de personnes en établissant de fausses cartes d’identité. Ainsi Esther Epstein a pu bénéficier de votre activité et sauver sa vie. (…) Quelle incroyable initiative, quel courage extraordinaire ! Vous saviez que vous auriez pu être arrêtée, condamnée, suppliciée, pourtant vous n’avez pas hésité un seul instant. Nous ne l’oublierons jamais. Personne ne l’oubliera d’ailleurs, ni eux, ni vous, ni nous car vous serez inscrite à jamais sur le livre d’or des « Justes parmi les Nations ». Henriette Pagès, je tiens à vous exprimer aujourd’hui, en présence de vos proches, de vos amis, dans cette mairie, au nom du peuple Juif et de l’État d’Israël, toute notre admiration et notre éternelle reconnaissance » .

remise medaille2.jpg Le discours du Consul général d’Israël, Aryé Gabay..memorial23.jpg..Le nom d’Henriette Pagès est désormais inscrit sur le mémorial Yad Vashem à Jérusalem, construit en 1955 en mémoire aux victimes juives de la Shoah.

« (…) Dans la même tradition de noblesse que son père qui avait évité de nous inscrire sur les listes administratives juives destinées à la Préfecture, sa fille, Henriette, secrétaire de mairie, me fournit de vrais-faux papiers à sa propre identité. Quelques mois plus tard, cet acte généreux devait me sauver la vie. (…) Chère Henriette, ta conduite à cette époque fut d’autant plus exemplaire qu’il s’agissait d’actes gratuits, effectués dans un esprit d’abnégation totale, cette conduite mettant en péril ta sécurité, ta liberté et peut-être ta vie. Ton courage doit servir d’exemple aux jeunes générations. La tradition juive dit qu’en sauvant une vie on sauve le monde. En me sauvant la vie et peut-être celle de toute ma famille, tu nous as permis d’espérer encore en l’Homme et ainsi, reconstruire nos vies (…) » .
Henriette Pagès-Veaute ne fera pas de longs discours. En toute humilité, elle dira juste qu’elle ne sait même pas pourquoi elle a fait tout ça.

« C’était normal. On était jeune et on ne se rendait pas compte du danger ».

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...Esther Epstein est venue fêter les 80 ans d’Henriette Pagès-Veaute, à Revel, en 2004.

 10.  2007 - Légion d’Honneur

Avant la fin de son mandat, en 2007, le Président de la République Jacques Chirac entend faire un geste symbolique en élevant au rang de Chevalier de la Légion d’Honneur tous ceux qui ont obtenus le titre de « Juste parmi les Nations ».
Henriette Pagès-Veaute fait évidemment partie des promus. Le 22 décembre 2006, elle reçoit son invitation à l’hommage solennel de la Nation aux Justes de France, le jeudi 18 janvier 2007, au Panthéon.

« Pour ma mère, c’était clair qu’il n’était pas question d’aller à Paris. Elle n’aimait pas les honneurs même venant d’un Président de la République. Et puis elle avait 83 ans et ne se sentait pas le courage de voyager jusqu’à la Capitale » .
Le Président de la République lui adressera un courrier, après la cérémonie au Panthéon.

« Je me suis attaché, depuis un certain nombre d’années, à dire au peuple français la vérité sur l’Occupation, cette page terrible de notre passé. Je l’ai fait parce que j’ai la conviction que nous devons et que nous pouvons regarder toute notre histoire en face, avec ses ombres mais aussi, avec ses lumières. Il y eut la déshonorante Collaboration, il y eut aussi la Résistance. Et il y eut le dévouement et parfois le sacrifice de milliers de Françaises et de Français de toutes conditions : ces femmes et ces hommes justes dont vous faites partie, contribuèrent à sauver les trois-quarts des Juifs de France de la déportation et d’une mort presque certaine.
Grâce à vous, dans ce qui fut peut-être le pire effondrement de notre histoire, les valeurs qui font l’honneur de la France ont continué à vivre : la solidarité, la fraternité d’une main tendue quand il le fallait, l’esprit de justice, la tolérance, le refus absolu de l’antisémitisme, du racisme, du rejet de l’autre. Plus que jamais, aujourd’hui, nous devons écouter votre message : c’est pour cela que j’ai souhaité rendre l’hommage de la nation aux Justes de France, le 18 janvier dernier, au Panthéon. C’est dans le même esprit qu’aujourd’hui, la nation reconnaît pleinement votre courage, votre humanité et votre dévouement en vous nommant au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur. Avec ma bien cordiale estime et mes amitiés » .

Henriette Veaute sera élevée au grade de chevalier de la Légion d’Honneur le lundi 18 juin 2007 lors d’une cérémonie au Monument aux morts de Revel en présence de son amie de toujours Esther Epstein et de son arrière-petite-fille Inès Charot.

 

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.REVEL CEREMONIE APPEL3.jpg.Henriette Veaute a préféré être décorée à Revel par le sénateur maire Alain Chatillon.

 

C’est le sénateur-maire de Revel, Alain Chatillon qui remettra la médaille à Henriette Pagès-Veaute, devant le Monument aux morts de Revel, le lundi 18 juin 2007, lors des cérémonies du 67ème anniversaire de l’Appel Historique du Général De Gaulle sur les ondes de la B.B.C. le 18 juin 1940. 

11.  2017 - l’hommage de la ville de Revel

Mère, grand-mère et arrière grand-mère comblée, Henriette Pagès-Veaute s’éteindra dans la discrétion, comme le fut toute sa vie, le 30 juillet 2010, à l’âge de 86 ans. De partout les messages de condoléances seront adressés à la famille.

 .DSC_6403.JPG ..DSC_6404.JPG...Henriette Veaute-Pagès repose auprès de sa famille et de son mari, dans le petit cimetière de Prades

« Le Comité français pour Yad Vashem salue la mémoire d’une Juste, Henriette Pagès qui, a 18 ans, prépara de nombreuses vraies-fausses cartes d’identité pour des Juifs réfugiés à Prades, dans le Tarn. « Juste parmi les Nations », elle était une étoile brillante éclairant les ténèbres de nuit de détresse » .

REVEL COMME CADRE2.jpg .. Paul Schaffer, président d’Honneur du Comité français « Yad Vashem », réfugié juif avec sa famille à Revel, en 1942, rendra hommage à Henriette Veaute après son décès le 30 juillet 2010.

« En mon nom propre et au nom de l’État d’Israël, je vous prie de recevoir mes sincères condoléances. Son nom est inscrit sur le mur des Justes, à Jérusalem. Ainsi il restera à jamais gravé dans la mémoire d’Israël, du peuple Juif et de l’Humanité toute entière. Puisse le sillon de son extraordinaire courage vous aider à traverser ces moments difficiles » .

La ville de Revel ira plus loin dans l’hommage à Henriette Pagès-Veaute. Lors du conseil municipal du 24 février 2017, sur proposition du sénateur-maire Alain Chatillon, les élus de la commune de Revel décidaient à l’unanimité de baptiser le rond-point de l’avenue de Vaudreuille du nom d’Henriette Pagès-Veaute. La plaque sur le rond-point était dévoilée le vendredi 26 mai 2017 en présence de toute sa famille, du sénateur-maire, de sa belle-fille, Annie Veaute, adjointe aux affaires sociales de la ville, des élus de la commune, d’Alain Gaillard, représentant le conservateur du Musée de la Résistance et de la Déportation de Toulouse et du représentant du Comité français pour Yad Vashem. Ne pouvant être présents, Esther Proville-Epstein, ses enfants et petits-enfants envoyaient un message lu par une des petites-filles d’Henriette Pagès-Veaute.

 

En présence de son épouse Annie et de ses deux frères, Bernard et Alain, Émile Veaute, l’aîné de la famille, a dévoilé la plaque du rond-point de l’avenue de Vaudreuille à Revel avec le sénateur-maire Alain Chatillon.

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Depuis 2017, la mémoire d’Henriette Pagès-Veaute est inscrite à jamais au rond-point de l’avenue de Vaudreuille. 

« Votre conseil municipal a pris la décision d’honorer celle qui fut l’honneur de votre ville : Henriette Pagès-Veaute, ce n’est que Justice. Les faits et gestes généreux et magnifiques d’Henriette rejaillissent de ce fait sur les habitants de votre commune et resteront ainsi ancrés dans les mémoires. Ils serviront ainsi d’exemple aux générations futures. Si nous vous adressons ces mots c’est parce que nous sommes conscients que sans les actes de bravoure d’Henriette Pagès, la filiation de la famille Epstein, notre génération, puis celle de nos enfants et désormais de nos petits- enfants, n’existerait pas. Nous sommes heureux que le souvenir d’Henriette Pagès-Veaute soit désormais gravé dans la pierre d’une manière que nous espérons indélébile. Très affectueusement » .

FAMILLE ..Toute sa famille, qui faisait la fierté d’Henriette Veaute, était présente pour dévoiler la plaque du rond-point portant son nom.

175 « Justes » en Haute-Garonne et Tarn

Depuis 1953, le titre de « Juste parmi les Nations » est accordé par l’État d’Israël aux personnes non juives qui ont mis leur vie en danger pour sauver des Juifs sous l’Occupation. C’est la plus importante distinction décernée à titre civil. Après enquête minutieuse (témoignages de personnes sauvées, témoins oculaires, documents, …) le « Juste » reçoit une médaille gravée à son nom. Symboliquement, un arbre est planté pour chacun d’entre eux à « Yad Vashem ». Ce mémorial national situé à Jérusalem a pour but de perpétuer la mémoire des 6 millions de Juifs d’Europe assassinés. Au total, 26.513 « Justes » ont été honorés de cette distinction dans 41 pays dont 3.995 en France. En Haute-Garonne, à ce jour, 87 personnes sont reconnues comme « Justes » et 88 personnes dans le Tarn, département où on estime qu’environ 1.110 personnes d’origine juive sont venues se réfugier à partir de 1940.

 

HENRI PAGES..Henri Marie Louis Pagès est engagé volontaire à 20 ans, pour 3 ans, le 6 août 1913, dans le 1er Régiment de Hussards, à Béziers - Matricule n° 569.

Au premier jour de la guerre 1914-1918, il est envoyé combattre en Lorraine. En 1916, il rejoint le 152ème Régiment d’infanterie de Gérardmer (Hautes-Vosges), puis le 360ème Régiment d’infanterie, comme fusil mitrailleur, le 168ème Régiment d’infanterie et le 56ème Régiment d’artilleurs. Le 30 mars 1918, il se retrouve à Rollot-le-Village, dans la Somme, dans une commune abandonnée après son pillage par les Allemands. Les combats sont féroces comme il l’écrira dans son journal du front.

« Fusil mitrailleur brave et énergique, a fait preuve de courage et de sang-froid dignes des plus grands éloges. A infligé par l’efficacité de ses tirs des pertes très sérieuses à l’ennemi », il est cité à l’ordre du jour et est décoré de la Croix de Guerre.

Tout au long de la guerre, Henri Pagès arrive à plusieurs reprises à venir passer quelques jours en permission à Prades. Jusque-là, il n’a pas été blessé. À l’été 1918, son régiment s’est replié dans l’Oise, à Noyon. Le 24 août, l’artillerie allemande bombarde les positions françaises. Un obus tombe même à quelques mètres de lui mais il n’est pas touché. Les combats dureront plus d’un mois. Le 23 septembre 1918, Henri Pagès est blessé par des éclats d’obus et largement intoxiqué par les gaz largués depuis les avions ennemis. « J’ai été évacué car mes yeux s’étaient complètement fermés, ma poitrine me brûlait, j’avais une soif ardente et je crachais énormément de sang ».

Le 30 octobre 1918, il sort de l’hôpital et est renvoyé en permission dans ses foyers, à Prades, en convalescence. « Le 11 novembre 1918, en rentrant de Lavaur, j’apprends à Saint-Sulpice la signature de l’Armistice et le cessez-le-feu. Une grande joie régnait partout car nous étions victorieux ».

Engagé volontaire, Henri Pagès n’en a pas fini de la guerre, même après la signature de l’Armistice. Le 24 novembre 1918 il est envoyé dans la Nièvre pour monter la garde auprès de deux avions saisis aux Allemands. En décembre 1918, il est à Douzy, dans les Ardennes, pour surveiller le camp de prisonniers allemands. En janvier 1919, il retourne au 19ème Dragon pour s’occuper des chevaux, à Valenciennes. En février 1919, le 360ème Régiment d’infanterie ayant été dissous, il intègre le 168ème Régiment d’infanterie comme maréchal-ferrant avec le grade de caporal. En mars 1919, il est envoyé à Aix-la-Chapelle rejoindre les troupes françaises qui occupent la ville allemande. Ayant gardé des séquelles de son gazage, il est victime d’une terrible bronchite. Il est soigné à l’hôpital d’Aix par des religieuses allemandes. Il revient à deux reprises à Prades, en permission, fin mars 1919 et en mai 1919. En juillet 1919, toujours affecté au 168ème Régiment d’infanterie, après avoir occupé un poste d’aide aux cuisines, il est détaché à la formation de maréchal-ferrant.

Le 27 août 1919, il quitte Aix-la-Chapelle avec sa lettre de démobilisation et est définitivement démobilisé à Albi, le 30 août 1919, après 10 mois de service actif, 61 mois de campagne contre les Allemands soit 71 mois de service militaire.

 


.  Paul Schaffer - Président d’Honneur du Comité français pour « Yad Vashem » - réfugié Juif à Revel avec sa famille en 1942 puis envoyé dans les Camps de la Mort. Son père, sa mère et sa sœur seront gazés à Auschwitz. Toute sa famille sera exterminée et il sera le seul survivant des Camps de la Mort.

.  Simona Frankel - Consul général d’Israël en France.

.  Esther Proville-Epsetein - Neuilly-sur-Seine - 23 mai 2017.

.  Aryé Gabay, Consul général d’Israël à Marseille - Mairie de Revel - 16 décembre 1998.

.  Esther Proville-Epstein - Mairie de Revel - 16 décembre 1998.

.  Émile Veaute - décembre 2017.

.  Jacques Chirac - 4 avril 2007. 

.  Esther Proville-Epstein après avoir déposé une demande de reconnaissance, pour Henriette Pagès-Veaute, de « Juste parmi les Nations », le 2 août 1994, auprès de l’Institut de recherche du Mémorial Yad Vashem, à Jérusalem.

.  Copies des notes d’Henri Pagès - audience du Tribunal d’Albi, le 29 mars 1945.

.  Clotilde Carles - attestation du 30 août 1944.

.  Jean-Paul Lehmann - témoignage écrit du 28 août 1944.

.  Henri Szchajnman - témoignage écrit du 27 août 1944.

.  Jacob Epstein - témoignage écrit du 02 septembre 1944.

.  Henri Pagès - discours de l’Assemblée générale de l’Association cantonale des anciens combattants du canton de Saint-Paul-Cap-de-Joux en 1945.

.  Henriette Pagès-Veaute - Interview pour le Comité français « Yad Vashem » retranscrit le 2 août 2010.

.  Henri Pagès - Lettre à son avocat le 10 octobre 1944.

.  Henri Pagès - Lettre à son avocat en décembre 1944.

.  Cour de Justice du Tarn, à Albi - 25 mai 1945.

.  Henri Pagès - août 1944.

.  Henriette Pagès - Collège de Caraman en mars 2003.

.  Lucette Valax-Ambert - Collège de Caraman en mars 2003.

.  Lucette Valax-Ambert - Collège de Caraman en mars 2003.

.  Esther Epstein - Comité Yad Vashem 1994.

.  Henriette Pagès-Veaute - Collège de Caraman en mars 2003.

 

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